Hello les bébés-psys !

Il y a quelques années, en période d’Halloween, je me suis mis à écrire un article sur deux thématiques assez significatives pour cette fête, à savoir la mort, et la psychopathie. L’article étant déjà très long, le sujet de la psychopathie sera abordé plus tard.

Tout d’abord, il sera bon de passer par quelques points de définitions afin de voir de quoi il retourne et constater la grande variabilité des points de vues alors même que l’on ne touche qu’au domaine de « l’officiel ». Ensuite, on parlera diagnostic, car oui, la mort est un diagnostic, et enfin, la question que beaucoup d’entre nous se posent, à savoir la thématique de l’expérience de mort imminente (Near death experience).

 

La mort

Vaste sujet ! Qui dit vaste dit aussi pleins de définitions. Pour certains c’est une fin de scène sans suite, pour d’autres c’est un commencement (un peu comme si la vie vécu était rayée des cartes sans avoir existé). Je me suis questionné il y a quelques semaines sur ce qui est préférable de manière générale ; penser que la personne décédée n’existe plus ni ici ni ailleurs de sorte que le désir de la revoir est vain en tout et pour tout, ou penser qu’elle continue d’exister en soi, au ciel, ou autres, au risque d’espérer la retrouver toute sa vie. J’imagine que chacun peut finir par trouver son compte entre ces deux visions des choses (et non je ne suis pas un fervent défendeur du dualisme !).

Je divague mais j’en reviens aux définitions de ce concept plus ou moins abstrait à commencer par la définition du petit Larousse qui décrit la mort comme une « Perte définitive par une entité vivante (organe, individu, tissu ou cellule) des propriétés caractéristiques de la vie, entraînant sa destruction » ou une « Cessation complète et définitive de la vie d’un être humain, d’un animal ». Le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales précise davantage la chose et nuance les propos en proposant une définition générale et synthétique de la mort comme étant une cessation de la vie.

Ensuite deux principales distinctions sont faites ; à savoir la définition biologique où la mort est un « Arrêt complet et définitif des fonctions d’un organisme vivant, avec disparition de sa cohérence fonctionnelle et destruction progressive de ses unités tissulaires et cellulaires (Méd. Biol. t.2 1971) », et la définition religieuse où la mort est la « Séparation de l’âme du corps, marquée par le passage du temps à l’éternité ».

Afin de rentrer dans quelque chose de plus sérieux et rigoureux d’un point de vue scientifique, je vous propose quelques notions de médecine légale. Tout d’abord, la médecine légale définit la mort comme un processus graduel d’arrêts de fonctionnement dont les premières victimes sont les centres cérébraux, cardiaques et respiratoires ; il s’agit de la mort fonctionnelle. Ces arrêts de fonctionnement se répandent ensuite à tous les tissus ; on parle alors de mort tissulaire. Ces processus précèdent la mort réelle du sujet. Pour approfondir, vous pouvez vous pencher aussi sur les notions de mort absolue, de mort relative et de mort apparente.

Concernant le diagnostic, il nécessite plusieurs signes cliniques dont :

  • Des signes dits précoces, aussi appelés signes de disparition de la vie : notamment la suspension des fonctions vitale par arrêt de la respiration, de la circulation et la perte des fonctions cérébrales motrices et sensitives
  • Des signes semi tardifs, ou d’apparition de la mort, tels que les signes cadavériques dont le refroidissement, la déshydratation, la rigidité et les lividités (dépôts sanguins au niveau des parties basses du corps causés par la pesanteur).
  • Et enfin des signes tardifs, ou de datation de la mort, générés par la putréfaction et les phénomènes microbiens.

En médecine légale on distingue deux types de morts ; un type posant un problème médico-légal et un autre n’en posant pas. Le premier rassemble les morts violentes qui résultent d’un accident, d’un suicide ou d’un crime. Le deuxième concerne les morts naturelles (décès par maladie ou par vieillissement). Selon moi le cas « suicide » est un peu un entre deux car souvent dû à une maladie mais pouvant être violent (Voyez-vous ce n’est pas bon le dualisme !).

La mort cérébrale/mort encéphalique

On reste dans le sujet, mais en pas pareil ! Vous l’avez surement remarqué (sinon ça viendra), j’aime bien parler cerveau. Du coup, telle une addiction je ne peux m’empêcher de ramener les neurones sur le tapis et compiler mort et cerveau à mort encéphalique (non je n’ai pas trouvé mieux). Cette mort se caractérise par la mort du cerveau (Si vous n’aviez pas deviné vous êtes vraiment nuls, heureusement il y aura une session de rattrapage 😉). De cette mort s’ensuit celle des autres organes tels que le cœur, les poumons et les reins (plus on est de fous…plus on est de fous). Elle est fréquemment causée par une anoxie cérébrale (arrêt de la circulation artérielle cérébrale) qui génère une nécrose rapide et irréversible des neurones.

Cette définition ne convient pas forcément au domaine juridique car en droit, la mort se définit par un arrêt de l’activité cardiaque et circulatoire. De plus, d’un pays à l’autre on peut observer des divergences de point de vue ; aux Etats-Unis et dans les pays latins, la mort encéphalique nécessite la destruction des hémisphères cérébraux et du tronc cérébral alors qu’en Angleterre seule la preuve de la destruction du tronc est exigée.

Comme pour la mort en médecine légale, des critères sont appliqués pour le diagnostic. Chez l’adulte doivent être exclus les comas toxiques, endocriniens et hypothermiques. Il est en revanche nécessaire de retrouver un coma irréversible avec absence de conscience, d’activités motrices spontanées (pas de réflexes non plus) ainsi qu’une absence totale de ventilation spontanée. L’activité électrique cérébrale est nulle ainsi que la circulation encéphalique. Chez l’enfant, les critères sont les mêmes. Cependant ils doivent être présents pendant au moins 24 heures car les enfants ont une plus grande capacité de récupération fonctionnelle que les adultes.

L’expérience de mort imminente (EMI)

Une lumière au fond du tunnel, se voir sortir et s’élever au dessus de son propre corps… Des sensations et « visions » fréquemment rapportées suite à l’expérience de mort imminente. Ce phénomène toucherait entre 9 et 18% de la population (Greyson, 1998) dans diverses conditions d’hospitalisations (arrêt cardiaque, instabilité hémodynamique, coma traumatique, tentative de suicide etc.) et a été soumis à de nombreuses interprétations tant religieuses et spirituelles que scientifiques.

Pour ce qui est du côté religieux, je dirais que si chaque manifestation du cerveau quelque peu inhabituelle devait être vu comme une manifestation de « l’âme » ou d’une entité supérieure, nous pourrions généraliser cela à toutes les situations propices à la manifestation de ces phénomènes (hallucinations psychotiques, épileptiques, vasculaires, prises de LSD, de psychodysleptiques, état hypnotique ou encore baisse de vigilance lors de la préparation à l’endormissement etc.). Il suffit d’y ajouter un peu de foi ou de croyances et hop ça peut faire un joli cocktail permettant d’écrire une version contemporaine de la bible (ou autre…).

Les différentes phases de l’expérience de mort imminente

Outre cela ce serait bien de définir un peu ce phénomène. Puisqu’il est difficile d’établir un consensus étant donné la grande variabilité des témoignages récoltés, nous retiendrons la description faite par le docteur Raymond Moody (1975) à savoir les 8 phases qui constituent l’EMI à commencer par le diagnostic de la mort par le médecin alors que le patient est encore conscient. Suite à diverses sensations, telles que vertiges, anxiété, manifestations sensorielles, se produit une « expérience hors-corps » ou « décorporation de la conscience ». La 3e phase se caractérise par la possibilité pour la conscience du patient de se déplacer dans son environnement. Ce n’est qu’ensuite que la représentation du tunnel se manifeste avec disparition de l’anxiété et de l’état de panique lorsque la « conscience » atteint la lumière. Les phases 5, 6 et 7 représentent une « rencontre » entre la conscience du patient et des personnes disparues (décès familiaux) ou encore des épisodes de sa vie. Enfin, la dernière phase consiste en un retour de la conscience dans le corps du patient.

Bien entendu, ces phases sont issues de témoignages donnés par les personnes ayant « vécu » une EMI. Greyson (2000) définit les EMI comme étant des «événements psychologiques profonds, avec des éléments mystiques et transcendantaux, apparaissant typiquement chez les individus proches de la mort ou dans des situations de danger psychologique ou émotionnel. Ces éléments incluent l’ineffabilité, un sens que l’expérience transcende l’ego personnel, et une expérience d’union avec des principes divins ou supérieurs».

Nous pouvons facilement imaginer l’état de vigilance et la situation d’alerte que subit le cerveau lorsqu’il n’est que peu ou plus oxygéné. L’activité cérébrale peut avoir tendance à se détraquer ce qui expliquerait l’ensemble de ces sensations touchant l’humeur, les sens, la mémoire, le langage etc. En effet, l’étude de van Lommel et al (2001), visant à mettre en évidence des facteurs favorisant les EMI, mentionne l’anoxie cérébrale comme explication physiologique. De plus, il a été remarqué un impact de l’âge, du contexte médical (plus d’EMI lors du premier infarctus du myocarde, si le décès survient dans les 30 jours, et moins d’EMI si la mémoire est défectueuse après une ressuscitation cardio-pulmonaire).

Volontairement je ne rentre pas davantage dans les détails généraux. L’important est de comprendre que ce type d’expérience est vécu lors d’un état de santé critique. De ce fait, les atteintes cardiaques et respiratoires peuvent rapidement impacter le fonctionnement cérébral et ce de manière importante.

Les explications neurobiologiques de l’EMI

En revanche, je vais plutôt me pencher sur les explications neurobiologiques de l’EMI (Je vous mets quelques images de schémas de cerveau en bas de chapitre pour vous aider à localiser 😉). En 1989, Saavedra-Aguilar et Gomez-Jeria publient un article permettant de constituer un modèle neurobiologique de l’EMI et mentionnent de nombreuses corrélations entre les EMI et des anomalies cérébrales notamment :

  • Les épilepsies du lobe temporal et des régions limbiques générant des phénomènes somatosensoriels (douleurs, crampes, brulures), moteurs (automatismes, tremblements), autonomiques (nausées, vertiges), des hallucinations multisensorielles (distorsion de la perception des couleurs, formations d’images complexes, présences mythologiques, métamorphoses etc.), des ressentis émotionnels (tels que l’anxiété, la tristesse, un sentiment de dépression, un sentiment de paix, la sérénité, la peur, la colère, un sentiment de panique), et aussi des expériences de flashbacks, des idées ou sensations de présences, de déjà-vu ou déjà-vécu, de la dépersonnalisation, des illusions de possession, des personnalités multiples, la dissociation corps/esprit etc.
  • Les anomalies de la neurotransmission et de certains neuropeptides : en effet de nombreux neuropeptides sont impliqués dans le fonctionnement de l’hippocampe et du lobe limbique, notamment les peptides opioïdes endogènes (hippocampe), l’acétylcholine et certaines monoamines (lobe limbique). L’altération des balances entre neuropeptides et neurotransmetteurs peuvent générer divers symptômes comme des hallucinations, indépendamment d’un état psychotique, suite à une situation de stress, ou encore un traumatisme crânien. Ces situations de stress peuvent accompagner une EMI et générer des libérations de peptides endogènes pouvant altérer l’activité limbique. Aussi, ces mécanismes épileptiques n’excluent pas la présence d’autres facteurs tels qu’une dysfonction sérotoninergique. Dans certains cas, un semblant d’EMI est rapporté sous influence de LSD, de hashish ou de kétamine ; ce qui soutient la possible implication de différents systèmes de neurotransmetteurs.
  • Enfin nous pouvons aussi citer l’impact d’une hypoxie ou d’une ischémie. Au sein d’une EMI, les individus souffrent d’une diminution du flux sanguin cérébral et donc de l’apport en oxygène. Cet état de stress pour les neurones peut générer des décharges limbiques causant les manifestations de l’EMI.
  • L’expérience « hors-du-corps » quant à elle s’explique en partie par un dysfonctionnement de la jonction temporo-pariétale droite. Ce dysfonctionnement est commun aux personnes vivant ces expériences (De Ridder et al, 2008).

 

Voilà voilà, on arrête là sur la mort. C’est déjà pas mal non ? Au pire, il y a toujours moyen de creuser étant donné toutes les lectures disponibles sur internet (n’oubliez pas de faire le tri aussi et focalisez-vous sur des sources fiables). J’espère en tout cas avoir réussi à vous intéresser !

Sur ce, je vous souhaite une bonne fin de journée et à la prochaine ! Bye-bye les bébés-psys et n’hésitez pas à m’écrire pour des questions, des critiques constructives ou des suggestions 😉 !

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Lucas Ronat
Psychologue-Neuropsychologue
Psychologue clinicien spécialisé en Neuropsychologie,
Diplômé d'un Master Recherche en Neurosciences, spécialité Neurobiologie, Neurophysiologie, Neuropathologie à l'Aix-Marseille Université.

Je travaille sur les troubles du comportement dans les maladies neurodégénératives, notamment la Dégénérescence Lobaire FrontoTemporale comportementale.
Si vous avez des questions sur la psychologie en général, les neurosciences, la psychopathologie ou la neuropsychologie, entre autres, n'hésitez pas à me contacter sur mon adresse mail. Généralement je réponds dans la journée ;)

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