Le master : mon parcours & quelques remarques pour bien le choisir

Cela fait bien quelques petites années que je n’ai pas rédigé chez les psychodingues, alors je vais me permettre une petite présentation de votre auteur et humble serviteur 😉 Après quoi, nous parlerons un peu (mais juste un peu hein…) du MASTER ! Vous savez le truc que tout le monde vise sans savoir que ce n’est pas aussi ouf qu’on veut bien le faire croire. M’enfin on verra ça calmement.

Pour résumer ;

  • J’ai fait ma licence de psychologie à la fac de Dijon de 2011 à 2014 (L3 options psychologie cognitive de la musique, psychophysique/psychophysiologie, psychologie de la santé et neuropsychologie de l’enfant),
  • Après quoi, je suis allé à Lille pour mon master 1 en 2014/2015 (Spécialités majeures : psychopathologie de l’adulte, neurocognition/psychologie cognitive – Spécialités mineures : neuropsychologie et réhabilitation cognitive, langage et neuropsychologie, neurosciences générales et neurosciences affectives),
  • Et puisqu’on n’a pas voulu de moi en master 2, je suis parti à Angers (en vrai il n’y a que là-bas que l’on a voulu de moi haha) pour cette dernière année en 2015/2016

Une fois le diplôme en poche j’ai travaillé au Centre des Sciences du Goût et de l’Alimentation, comme ingénieur d’études, où je faisais de l’acquisition de données EEG, puis au CMRR du CHU de Dijon en tant que psychologue clinicien spécialisé en neuropsychologie.

J’ai fait stopper mon contrat fin août 2017 pour retourner à la fac dans un Master recherche en Neurosciences à l’Université d’Aix-Marseille. Au moment où j’écris cet article, nous sommes le 7 mai 2018, et il ne me reste que 5 semaines de stages et une soutenance avant de boucler l’année 😉

Je ne m’étale pas sur mes stages, mes mémoires…etc. mais ça viendra peut-être dans un autre article.

 

La recherche du master et l’administration

Alors concernant le master, c’est une notion assez floue. Les étudiants savent qu’ils veulent en faire un, cependant on ne sait jamais trop ce qu’il y a dedans, comment ça se passe, ce qu’on nous demande, comment nous sommes sélectionnés etc… C’est un peu un gros foutoir finalement.

En plus de ça, on ne peut pas toujours compter sur les facultés pour avoir des sites internet BIENS faits ET à JOUR ! (Faut pas déconner non plus, on ne peut pas avoir des administrations ouvertes 16h par semaine tout en ayant des informations actualisées sur les sites. Rien à voir vous me direz, mais ça montre à quel point tout le monde s’investit…).

D’ailleurs, cette administration en question peut parfois être une épreuve à part entière dans l’accès et la réussite à un master. Par exemple, cette année, j’ai été totalement inscrit à la fac une semaine avant mes examens… Il était temps !

Et encore, cela s’est fait uniquement parce que je me suis déplacé en personne à l’administration pour leur passer une soufflante, sinon je serais sûrement encore en train de me brosser (ce parcours du combattant pourrait faire l’objet d’un article à lui tout seul tellement c’était épique).

Attention aux intitulés trompeurs

Pour rester assez généraliste, vous pouvez retrouver en master toutes les spécialités que vous avez pu rencontrer en licence (je ne les détaille pas vous êtes censés les connaître maintenant 😉). Parfois même plusieurs dans un même master, ce qui peut être très utile lorsque vous avez du mal à vous décider.

Pour ma part, j’adorais la psychologie clinique/psychopathologie, les neurosciences et la psychologie cognitive. Du coup, la neuropsychologie était juste parfaite pour moi. Gare au premier qui dira que la psychopathologie et la neuropsychologie n’ont rien à voir…

Toujours est-il qu’on peut trouver chaussure à son pied qu’importe ce qui nous attire ! En revanche, prenez garde aux intitulés accrocheurs qui ne sont pas forcément représentatifs de ce qu’il y a derrière. C’est le cas pour les UE de formations, mais probablement aussi pour les masters en eux-mêmes.

Pour ne citer que ma plus grande déception, en arrivant à Lille, je choisis en UE majeure « Psychopathologie de l’adulte », pensant que cela ressemblerait à l’approche psychiatrique et intégrative que j’avais pu connaître à Dijon dans certains cours (mais pas tous !). Le livret du master contenait un résumé et un descriptif de chaque UE, et pour celle-ci le contenu paraissait relativement intégratif (aucune mention de psychanalyse ni de tonton Freud là-dedans).

Puis, au fil des cours il s’est avéré de TOUS les profs étaient des psychanalystes qui ne nous ont parlé que de ça… Résultat : histoire de la psychanalyse, de l’antipsychiatrie, l’histoire de l’hystérie, les classifications névrose/psychose… Ô joie ! Heureusement, ce n’est pas bien compliqué de cartonner à un partiel de psychanalyse…

Tout ça pour vous dire de prendre garde aux intitulés et de ne pas hésiter à s’informer auprès d’étudiants ayant suivi les cours en questions, ou encore en jetant un petit coup d’œil aux CV des profs et des intervenants psychologues afin de se faire une idée de leurs travaux et de leurs pratiques, car même les étudiants peuvent être à côté de la plaque en décrivant leurs cours (je pense notamment aux étudiants qui n’ont pratiquement connu que l’approche analytique en psychologie clinique et qui essaient de faire passer ça pour de l’intégratif juste parce que ça parle pas de Freud tout le temps).

 

L’importance des stages

Une fois le « choix » du master fait, se pose aussi la question des stages (les deux se font relativement en parallèle, quoi que les stages se cherchent bien avant le master, sans garantie d’en trouver un à temps alors montrez-vous investi(e)s !).

Je laisse le mot « choix » entre guillemets, car un certain nombre d’étudiants iront là où ce sera possible pour eux (ce qui fut en partie mon cas, avec regrets ou non par la suite) et non pas forcément là où ils le veulent.

Mais dites-vous bien que le plus gros de votre formation de praticien ou de chercheur se constituera lors de vos stages, alors dans la mesure du possible, orientez-vous sur des thématiques et des populations qui vous intéressent, auprès d’encadrants avec qui le feeling passe au mieux (déjà lors de vos entretiens vous pouvez sentir que la personne ne vous met pas à l’aise du tout, ou au contraire qu’elle vous inspire beaucoup et que vous sentez dans le fond que ça pourrait très bien coller).

J’insiste sur les choses qui vous intéressent, car c’est potentiellement dans ce contexte que vous vous investirez au mieux et que vous excellerez. Après rien n’empêche de toucher à d’autres choses.

Pour citer mon exemple (encore !!) : ma pratique clinique porte principalement sur les pathologies neurologiques de l’adulte et du vieillissement, mes mémoires portent majoritairement sur les maladies neurodégénératives, et une partie de mes stages recherche portaient sur la psychologie de la perception. J’ai aussi un fort penchant pour la psychiatrie, les TCC et je m’intéresse un peu à la pleine conscience. Donc n’hésitez pas à explorer ce qui vous branche même si ça n’a rien à voir (a priori).

 

Comment s’organise le master de psychologie ?

Le rôle de l’organisation de la fac sur le stage

L’organisation du master est dépendante de chaque fac. Par exemple, les cours en M2 peuvent se répartir sur tout un semestre, sur plusieurs sessions de deux semaines réparties dans l’année, selon une alternance 1 mois de cours/1mois de stage etc. Il est donc important de connaitre ces modalités afin de pouvoir planifier les stages au mieux.

Couplé à ces cours, l’obtention du titre de psychologue est permise grâce à la réalisation de 500h de stage professionnel (en psychologie du travail ou psychologie clinique). Ces 500h de stage doivent se répartir sur les 2 années de master.

Cependant, les facs peuvent en imposer davantage (c’est souvent le cas d’ailleurs), ce qui n’est pas un mal car je vous déconseille fortement de ne vous contenter que de 500h… Cette limite est vraiment un strict minimum qui est largement insuffisant pour la pratique du métier de psychologue, qu’importe la spécialité.

Lors de mon M2 à Angers, nous devions faire 560h minimum pour la validation du master qu’importe le nombre d’heures réalisées en M1, ou encore à la fac de Nice, il était question de 600h pendant le M2.

 

La charge de travail en master : rapport de stage, mémoire et étude de cas

Ça commence déjà à faire pas mal non ? Des cours, minimum 500h de stage… Mais ce n’est pas fini ! Au cours de ce/ces stage(s) (il y a généralement plusieurs stages à faire car au-delà de 308h de stage, les structures sont obligées de rémunérées leurs stagiaires. Puisqu’aucune d’entre elles ne le veut ou ne le peut, tout dépend comment on voit les choses… les stages sont courts et obligent les étudiants à en trouver plusieurs, sinon c’est trop facile) devront être réalisé, selon les facs, un rapport de stage, un mémoire et/ou une étude de cas.

Ayant eu droit aux 3 lors de mon M1 et de mon M2, je vais vous les décrire brièvement histoire que vous sachiez au moins un peu à quoi vous attendre.

  • Le rapport de stage

Ça va aller très vite : aucune fac n’a les mêmes attentes et les explications peuvent être tellement claires qu’il arrive à certains de mettre des semaines à comprendre ce qui est attendu (si ça vous arrive, rassurez-vous vous n’êtes pas seul(e)s). Autant les étudiants se font allumer lorsqu’ils ne sont pas clairs dans leurs propos, autant quand ce sont les profs qui ne sont pas clairs ce n’est pas trop grave, on les excusera en disant qu’ils ont été formés à faire de la recherche et non de l’enseignement.

Toutefois, on retrouve généralement les éléments suivants : une présentation de la structure, les objectifs du stage, les missions du stagiaire, les compétences acquises, l’organisation du stage, et les problématiques liées au stage, à la structure, à la pratique en tant que telle…

  • Le mémoire 

C’est la GROSSE problématique du master (ou LES grosses problématiques parce que souvent il y a un mémoire à faire en M1 et un autre en M2). On nous en parle depuis la L1 pour certains, mais même une fois en M1 on ne comprend pas très bien de quoi ça s’agit !

La meilleure représentation que l’on puisse en avoir est celle d’un article scientifique (je parle d’un mémoire de psychologie là hein, pas de psychanalyse). Le mémoire se fait en collaboration avec un directeur de mémoire (qui est un enseignant-chercheur Habilité à Diriger des Recherches) et le maitre de stage en général.

Une thématique est proposée par le directeur de mémoire, l’étudiant ou le maitre de stage (les 3, ou au moins le directeur de mémoire et l’étudiant, doivent se mettre d’accord dessus pour que ce soit le plus simple à réaliser) à propos d’une pathologie, un processus mental, un mécanisme social, un type de population ou une situation pathogène et j’en passe…

Après quoi l’étudiant doit établir une bibliographie sur cette thématique afin de prendre connaissance des notions et recherches actuelles dans le domaine. A partir de cette bibliographie il dégagera une problématique qu’il tentera d’expérimenter au travers d’un protocole de recherche (via différentes évaluations, examens cliniques, tests, échelles, questionnaires, imageries cérébrales, sondages…).

Ces évaluations permettront un recueil de données qui seront analysées sur le plan statistique afin de valider ou non les hypothèses posées lors de l’établissement de la problématique. Enfin les données statistiques seront à interpréter au regard de la littérature scientifique ayant constitué le travail introductif du mémoire.

Enfin, les mémoires se terminent généralement par les limites de l’étude et les perspectives futures. Finalement, c’est un peu un condensé de tout ce qui a été appris en licence (méthodologie expérimentale et statistiques notamment). En fait pour faire simple, le mémoire c’est une application de la méthodologie expérimentale, tout simplement.

  • L’étude de cas 

Elle est plus simple à réaliser que le mémoire de recherche mais fonctionne sur le même principe. Il est nécessaire d’établir une petite revue de la littérature à propos de la pathologie étudiée (si l’on se place dans une perspective clinique) ou du processus mental évalué.

Après quoi sera décrite l’anamnèse du cas, l’histoire de la pathologie, les évaluations réalisées, et les performances retrouvées, lesquelles seront souvent comparées aux performances obtenues chez un groupe contrôle et/ou un groupe de patient présentant la même pathologie ou non, en fonction de ce que l’on veut démontrer (un syndrome atypique par exemple).

Tout cela est très résumé bien entendu mais il ne s’agit là que de décrire brièvement ce qui peut être attendu dans un master de psychologie.

 

La sélection en master

Je termine rapidement sur la question de la sélection qui a récemment basculé de l’inter-année M1/M2 à l’inter-année L3/M1 pour la quasi-totalité des facs.

 

Postulez dans plusieurs facs !

La sélection implique que tout le monde ne peut être pris là où il le souhaite, ainsi je ne peux que vous recommander de candidater dans différentes facs (lorsque j’y étais, j’avais fait 10 candidatures et ça a failli ne pas suffire !), après avoir regardé les plaquettes des masters existants actuellement via les sites des universités, ou encore via des sites spécialisés qui répertorient les masters de psychologie de France. Bien entendu il est aussi possible de terminer sa formation à l’étranger, notamment en Belgique, ou même ailleurs. Ce qui peut être une chouette aventure !

Par rapport à ça, je ne peux que vous recommander de vous intéresser à ce qui se passe ailleurs ! Certes, rester dans son université d’origine a quelque chose de rassurant. On connaît les profs, la plupart des étudiants, on est familiarisé avec l’organisation, les notions abordées en cours, de même qu’avec la ville et tout ce qui s’y rattache.

Malgré ça, il faut bien garder à l’esprit qu’aucune formation n’est suffisante, et qu’il est toujours très important de s’ouvrir à certaines disciplines et d’actualiser ses connaissances (pas toujours possible si l’on tient compte des milliers d’articles par an qui sont publiés pour chaque sous-discipline de la psychologie…).

Mais c’est là que le fait de rester dans la même université pendant 5 ou 6 ans peut poser un problème ; d’une année à l’autre, il y a des redites, en licence comme en master. Ainsi le changement de ville peut mener à la découverte d’autres approches, de notions nouvelles et de perspectives de recherches plus larges.

 

Les notes : un point essentiel

Outre cela, le meilleur moyen d’avoir le plus de chance de son côté pour parvenir à passer cette sélection, même si c’est très malheureux à dire, ce sont les notes… J’ai pu entendre un peu partout que les notes n’étaient pas forcément un critère principal de sélection et que les jurys regardaient ce qu’il y avait autour (les stages, les expériences annexes, et formations antérieures etc.).

Pourtant, dans les promos de master 2, on trouvait rarement (presque jamais) des étudiants ayant obtenu leur master 1 avec moins de 12 de moyenne. Donc quoi qu’on vous dise, ne ménagez pas vos révisions, seul ou en groupe, et tout ce qui s’y rattache. Bien sûr, tout le reste constitue un plus ! Alors ne crachez pas dessus pour autant.

Attention, les notes sont particulièrement prises en compte dans les masters très demandés (psychopathologie et neuropsychologie notamment). Il n’est pas rare d’entendre des profs fixer le seuil de sélection à 14 de moyenne ; du moins c’était le cas lorsque la sélection était entre le M1 et le M2.

Quant à votre motivation… J’ai envie de vous recommander de vous y accrocher et de la préserver. Mais d’un autre côté, je ne vous garantirais pas que cela intéressera les jurys. On voit de temps en temps des étudiants accéder à un master via la sélection alors qu’il ne s’agit pour eux que d’un « passe-temps », en attendant de trouver leur véritable voie. J’ai vécu ce cas lors de mon année de sélection, une personne ayant été prise dans un master que je visais alors qu’elle avouait elle-même faire cette formation « en attendant » parce qu’elle ne savait pas trop quoi faire. Du coup cela m’amène à demander aux étudiants non-investis d’éviter de taxer les places à d’autres personnes qui pourraient pleinement s’investir et s’épanouir de ces domaines.

Finalement, les sélections sont relativement aléatoires à notre niveau. Peu de certitudes, beaucoup de possibilités masquées par un surplus d’étudiants évident couplé à un manque de postes affolant à la clé…

Donc ne perdez pas votre temps à envier ce que font les autres, mais intéressés vous, inspirez-vous entre vous, ne vous limitez pas à votre domaine, cherchez à vous intéresser à tout ce qui existe autour et ne cherchez pas à [trop] scinder les disciplines. La psychologie n’est pas un monde à part de tout le reste, bien au contraire, c’est un monde composé des autres qui l’entoure.

 

Quelles autres possibilités ?

Aussi, les formations en psychologie peuvent mener à d’autres types de masters qui peuvent convenir aux étudiants pour qui la psychologie ne serait pas leur premier souhait. Je pense notamment aux masters sciences de l’éducation, ergonomie, sciences cognitives, et neurosciences.

Cependant, autant les sciences de l’éducation et l’ergonomie sont relativement accessibles, autant faites attention à la difficulté des masters de neurosciences (je parle de ce que j’appelle les VRAIS masters de neurosciences, dépendant des facultés de sciences et technologies ou des facultés de santé, qui sont 100% axés en neurosciences cognitives, computationnelles, cellulaires, moléculaires et cliniques parfois. A l’inverse des masters « psychologie et neurosciences » qui sont plus accessibles aux étudiants de psychologie).

Voilà voilà, normalement il y a de quoi trouver son bonheur là-dedans, tout en s’en tirant indemne 😉 peut-être ferais-je d’autres articles pour détailler davantage certains points, mais en attendant, si questions il y a, n’hésitez pas à les poser sur les psychodingues 😉

 

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Lucas Ronat
Psychologue-Neuropsychologue
Actuellement psychologue clinicien spécialisé en Neuropsychologie, j'ai repris une année d'étude en Master 2 Recherche Neurosciences, spécialité Neurobiologie, Neurophysiologie, Neuropathologie à l'Aix-Marseille Université. Je travaille sur les troubles du comportement dans les maladies neurodégénératives, notamment la Dégénérescence Lobaire FrontoTemporale comportementale.
Si vous avez des questions sur la psychologie en général, les neurosciences, la psychopathologie ou la neuropsychologie, entre autres, n'hésitez pas à me contacter sur mon adresse mail. Généralement je réponds dans la journée ;)

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