Salut les dingos ! On accueille sur le blog le témoignage d’un officier psychologue de l’Armée de Terre afin d’en savoir plus sur son parcours, ses missions ou encore les compétences nécessaires pour un tel poste.

Pouvez-vous nous décrire votre parcours académique ? (diplômes et formations complémentaires éventuelles)

J’ai été formé à l’école de psychologues praticiens (EPP) à PARIS. J’ai effectué en dernière année une spécialisation en psychologie clinique.


Quelles sont les conditions nécessaires pour avoir accès au poste d’officier psychologue de l’Armée de Terre ?


Pour avoir accès au poste d’officier psychologue dans l’armée de Terre, il faut principalement satisfaire à l’évaluation d’un officier (tests médicaux éliminatoires), puis d’autres tests permettant de comparer les candidats entre eux : sport, personnalité, cognitifs, les motivations à devenir militaire et la bonne compréhension de ce que cela implique sont évalués en entretien. C’est ce qui importe le plus pour nous sachant que les compétences peuvent être transmises.

Sinon nous préférons bien entendu les profils dont les compétences sont directement/rapidement transposables avec l’emploi (évalués lors d’un second entretien). Pour moi qui travaille dans le recrutement, nous recherchons surtout des compétences en psychométrie et conduite d’entretiens.

Une fois recruté, et avant de prendre son poste, tout personnel doit suivre une formation militaire correspondant à son statut.

Pour les officiers psychologues, il s’agit d’une formation rémunérée (1400€/mois + primes de terrain) d’officier sous contrat spécialiste (OSC-S). Elle est dispensée au 4ème bataillon de l’école spéciale militaire (ESM) Saint-Cyr-Coëtquidan dans le Morbihan, sous le régime de l’internat et pendant une durée de 14 semaines. C’est essentiellement une formation de comportement militaire, physique et sportive, un peu de commandement, de maniement des armes (pistolet automatique et fusil d’assaut), de maniement de certains matériels de transmission, de topographie.

Pour en savoir plus sur la formation, cliquez ici.


Quel type de contrat avez-vous et quels sont vos horaires ?

En tant qu’OSC-S dans l’armée de Terre, j’ai un contrat de 5 ans renouvelable avec une période d’essai de 1 an. En pratique, les personnes recrutées dans l’armée de Terre ne voient jamais leurs contrats ou leur période d’essai cassés, les départs, s’ils ont lieu se font toujours sur l’initiative de l’intéressé.

De même, étant donné la difficulté à avoir des candidats psys, les premiers contrats sont toujours renouvelés quand l’intéressé en fait la demande. En tant que militaire, je n’ai pas le droit de rompre mon contrat en dehors de la période d’essai.

En tant que militaire, je suis disponible autant que de besoin. C’est-à-dire qu’en tout temps et en tout lieu je dois prioritairement me rendre disponible pour le service.
En pratique, l’organisation actuelle de mon travail demande des horaires de 7h45-17h du lundi au jeudi et 7h45-12h le vendredi.


Avez-vous des habitudes strictes et imposées (code vestimentaire par exemple) ?

Je travaille en uniforme pour le travail quotidien. Le type d’uniforme dépend des exigences du service (différents types de tenue selon la situation : ex : cérémonie, sport, travail bureau, terrain).

Le sport, bien que non obligatoire, est fortement encouragé pendant les heures de travail à horaires définis. Il est mal vu de ne pratiquer aucune activité physique. Il est d’ailleurs évalué annuellement et vous pouvez être réprimandé si vos résultats ne s’améliorent pas ou qu’aucun effort n’est fait dans ce sens.

La plupart des habitudes sont liées au comportement militaire : discipline, respect, salut des autorités et des subordonnés.


Quelles sont les activités et missions liées à votre métier ?

Je travaille dans un département d’évaluation des candidats civils volontaires à l’engagement dans l’armée de Terre.
En tant que tel je dois :

  • Réaliser des entretiens d’évaluation auprès de candidats
  • Veiller au respect des normes déontologiques de l’évaluation
  • Former et assurer un suivi des compétences des cadres non psychologues pratiquant des entretiens de recrutement, soit sur mon site, soit dans les centres de recrutement dépendant de mon unité.
  • Participer à l’évolution du dispositif d’évaluation
  • Assurer, comme tout officier, des responsabilités annexes

Comment définiriez-vous votre métier en quelques phrases pour les étudiants intéressés par cette voie ?

L’emploi de la psychologie dans l’armée de Terre se décline en 3 champs :
Principalement celui du recrutement (en direction centrale à Vincennes, pour en donner les grandes orientations, ou bien en région (Rennes, Bordeaux, Lyon, Nancy, Vincennes), dans un département d’évaluation). => 3 postes à pourvoir

Au sein de de la Section d’Etudes Psychologiques (SEP) à Paris, animant la chaîne de soutien psychologique dans les armées, en formant des acteurs non psychologues à la détection et à l’orientation des personnes atteintes de troubles psychologiques, en conduisant des entretiens de fin de mission (attention il s’agit d’entretiens uniques et pas de suivi au long court) => pas de recrutement direct.

Au sein du Centre Interarmées des Actions sur l’environnement (CIAE) de Lyon où l’on met en œuvre des processus de recherche et d’analyse de données psychologiques et socioculturelles des groupes humains présents sur les théâtres d’opérations extérieurs afin d’en améliorer la compréhension (alliés ou ennemis). => 1 poste à pourvoir

Je participe au recrutement de l’armée de Terre, d’une part en formant et en supervisant des personnels menant des entretiens et utilisant des tests psychologiques (personnalité, cognitifs) et d’autre part en menant moi-même des entretiens de sélections auprès de personnels civils et militaires.

La psychologie clinique à proprement parler (suivi régulier à visée thérapeutique d’un même individu) n’a pas lieu dans l’armée de Terre. Les personnels militaires nécessitant une prise en charge sont dirigés vers les Centres Médicaux des Armées (CMA) ou les Hôpitaux d’Instruction des Armées (HIA) où ils sont pris en charge par des psychologues militaires du Service de Santé des Armées (SSA).


Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce métier et comment l’avez vous trouvé ?

J’étais très attiré par le sens du service, de mon pays et de ses habitants, plutôt que les intérêts d’une société privée, par les valeurs humaines fortes présentes dans cette institution, par la diversité des personnes la constituant, venant de tous horizons, par les responsabilités, par les possibilités d’évolution interne, par le fait que l’armée me permet de faire des choses que je ne pourrais jamais faire dans le civil.

C’est beaucoup de cheminement personnel et des échanges. Toutes les offres d’officier psychologues sont disponibles sur internet ou dans votre CIRFA de proximité (4 à pourvoir actuellement : 3 dans le recrutement, 1 dans le renseignement- CIAE).


Travaillez-vous au sein d’un service particulier auquel vous êtes attaché avec une équipe d’autres professionnels ou êtes-vous autonome sur le terrain ?

Je travaille au sein d’une section d’évaluateurs (qui conduisent des entretiens de recrutement) et dont je guide le travail vers une amélioration de leurs pratiques d’entretiens, entre autres.

Éventuellement, je peux me déplacer en métropole, soit dans les CIRFA pour faire du conseil auprès des conseillers en recrutement, soit dans les régiments effectuant des recrutements internes spécifiques (forces spéciales, écoles militaires, certains régiments). Je pars alors de quelques jours à 1 semaine.
Je ne pars pas en opération extérieure (OPEX) hors de la métropole car mes fonctions ne le nécessitent pas.
Dans l’armée de Terre, seuls les officiers psychologues du CIAE partent en opération.


Quelles sont les principales difficultés liées à ce métier ?

Les difficultés que je rencontre et qui sont liées à mon métier sont les mêmes que celles rencontrées par tous les psychologues : il faut convaincre des interlocuteurs non spécialistes de la pertinence de l’emploi de la psychologie dans certaines situations en utilisant un vocabulaire adapté et accessible.
Etre officier dans l’armée de Terre demande également un positionnement professionnel particulier selon son interlocuteur qui peut nécessiter une certaine période d’adaptation.


Quelles sont les principales contraintes personnelles liées à ce métier ?

Les principales contraintes qui peuvent être identifiées de manière générique quand on est militaire sont les suivantes :
-Le cadre militaire strict qui peut paraître trop rigide pour certains, trop protocolaire pour d’autres. Pour moi, il est plus souvent sécurisant et structurant.
-L’exercice de la discipline, qui peut nécessiter un certain ascendant et de ne pas ‘être le gentil’ quand il s’agit de faire exécuter des consignes, des réglementations, des règles éthiques ou déontologiques.

-La disponibilité ne me contraint pas à mon niveau car j’ai très peu de service à effectuer (1 permanence de 24h tous les 2 mois).

-La mobilité intervient à différents moments :

  • Pendant la formation initiale de 3 mois
  • A la première affectation : peut nécessiter un déménagement, une acclimatation à une nouvelle ville, se faire de nouveaux repères, de nouvelles relations.

-La mutation a lieu pour les officiers spécialistes au moment du renouvellement de contrat, c’est-à-dire tous les 5 ans. La mutation est imposée mais le muté peut en choisir le lieu et le métier, en fonction de ceux disponibles à ce moment-là. Par exemple, je peux évoluer vers un autre poste dans le recrutement, ou bien au CIAE, ou dans la SEP. D’autres postes existent aussi hors armée de Terre comme la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE).

Le sport peut être considéré comme contraignant, mais je préfère rassurer ces personnes : tout le monde progresse à partir du moment où l’on s’entraîne régulièrement.


Quelles sont les problématiques rencontrées les plus communes au sein de vos activités en tant qu’officier psychologue de l’Armée de Terre ?

Les principales contraintes rencontrées dans le recrutement initial sont liées à l’activité d’évaluation.
En effet, notre difficulté est principalement d’évaluer finement des candidats à l’engagement qui ont peu ou pas d’expérience professionnelle, peu d’introspection, une maîtrise du français qui n’est pas toujours parfaite.


Selon vous, quelles sont les caractéristiques et compétences nécessaires pour bien faire ce métier et s’y sentir à sa place ?

Pour bien faire ce métier, il faut des compétences métier :

  • Psychométrie : lire un test, en comprendre la construction, la destination, les limites. Comprendre les ressources et les limites de la psychologie armée de tests de manière générale.
  • Conduite d’entretien : préparer, mener, cadre, synthétiser, questionner, reformuler, faire adhérer.
  • Capacités rédactionnelles
  • Capacité d’animation : convaincre, faire adhérer, préparer et donner des cours à des personnes plus âgées que soi et non professionnelles.

En termes de savoir-être :

  • Compétences relationnelles,
  • Capacité d’adaptation
  • Ascendant

Avez-vous d’autres choses à partager sur votre métier qui n’ont pas été mentionnées ?

Exercer en tant que militaire, c’est se voir offrir l’occasion de faire ses preuves, d’être en responsabilités, de proposer énormément de choses nouvelles, d’apprendre sur un environnement atypique et passionnant. C’est évoluer dans une institution où les personnes sont au centre, où l’on se sent considéré et où l’on sent que la mission est la finalité. C’est saisir l’opportunité de faire des choses hors du commun : manœuvres militaires, formation militaire, sport au quotidien pour ceux qui l’aiment.
4 postes sont aujourd’hui à pourvoir :

  • 2 poste similaire au mien à LYON et à RENNES (départ en formation militaire en octobre)
  • 1 poste en direction centrale à VINCENNES (départ en formation militaire en décembre)
  • 1 poste au CIAE à LYON (départ en formation militaire en décembre)

Pour en savoir plus, il faut se tourner vers son CIRFA de proximité.
Ceux qui le souhaitent peuvent me contacter sur LINKEDIN.

Il faut avoir son diplôme au moment de la signature de contrat mais on peut tout à fait ouvrir un dossier avant. Il n’est pas obligatoire d’avoir de l’expérience professionnelle, on recherche surtout des psychologues voulant devenir militaire.

Voilà pour cette interview très intéressante. Il nous a également notifier qu’il existe des psychologues militaires dans d’autres armées et services : SSA, marine nationale, armée de l’air. Si d’autres articles sur le sujet, vous intéresse, dites le nous en commentaire !

Retrouvez aussi les offres d’officiers psychologue de l’Armée de Terre sur le site sengager.fr

Vocabulaire :

  • OSC-S : officier sous contrat spécialiste
  • ESM : école spéciale militaire
  • ESCC : Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan
  • CIRFA : Centre d’Information et de Recrutement des Forces Armées.
  • CIAE : Centre Interarmées des Actions sur l’Environnement à Lyon.
  • SEP : Section d’Etudes Psychologiques (Vincennes et Balard – PARIS).
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4 pensées sur “Etre officier psychologue de l’Armée de Terre”

  1. Je rejoins le commentaire précédent: l’exercice du métier de Psy militaire est très différent en fonction qu’il s’agisse de l’Armée de Terre, de l’Air ou de la Marine.
    D’autres témoignages complémentaires pourront donc être utiles !

  2. Article très intéressant, ce serait bien d’en avoir sur les autres psychologue qui peuvent composer nos armées.

    1. Oui, il s’agit du témoignage d’une personne en particulier sur son parcours mais en effet, c’est une bonne idée d’élargir un peu le sujet. Merci pour ton intérêt, c’est noté 😉

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