Une psy nous raconte son parcours : de son intérêt pour les études de psychologie, en passant par l’expérience vécu lors des stages pour finir sur sa situation actuelle.

 

POURQUOI J’AI FAIT DES ETUDES DE PSYCHOLOGIE ?

Les études de psychologie étaient une évidence pour moi car je ne me voyais pas faire autre chose : je savais que je devais faire psycho !

A 13 ans, j’ai découvert fortuitement, lors d’une lecture, un texte sur les serials killers, je me suis alors dit que c’était ça !

Je voulais faire ça : comprendre ce qui se passe dans la tête des gens (surtout méchants). Jeunesse quand tu nous tiens…

Je me suis lancée sans m’être vraiment renseignée auparavant, j’y allais pour apprendre, point barre.

 

APPRENDRE ET GRANDIR

J’ai rencontré des gens formidables qui m’ont ouvert les yeux sur beaucoup de choses à commencer par la nature humaine et sa complexité…

Je crois que je n’ai pas assez remercié mes profs à l’époque. Merci de m’avoir transmis toutes ces connaissances et le plaisir d’apprendre car après mes cinq années de psycho, je ne me suis pas arrêtée là, j’ai fait différents DU car j’ai eu besoin d’approfondir des sujets qui m’étaient essentiels.

 

PREMIER STAGE

Mais reprenons : j’ai fait mes cinq ans à Paris XIII, et en L3, j’ai fait mon premier stage.

J’ai débarqué en psychiatrie fermée, encore une fois je suis arrivée sans savoir à quoi m’attendre. J’écris ces lignes et je me dis que j’étais bien naïve, je me laissais porter par le mouvement, juste avide de connaissances.

Le premier jour en psychiatrie fermée a été une horreur, une horreur d’être confrontée à la pathologie mentale la plus brute qui soit : des patients très malades, des pathologies lourdes, des locaux vétustes, et l’impuissance en contrepartie de ton rêve à soigner tout le monde.

Non, tu ne sauveras pas toute la planète, sois humble, tais-toi et apprend. Je me souviens de ce qu’on nomme très vulgairement la folie ; je me souviens de l’agressivité, les mots vides de sens, les excréments sur les murs. C’est vraiment ça que tu veux faire plus tard ?

 

LA PSYCHOLOGIE INTERCULTURELLE M’A CHANGE

En L3, j’ai surtout pris une UE psychologie interculturelle et j’ai eu une sorte de révélation. Pour moi, la psycho c’était ça : vivre avec son temps, sa culture (au sens large), l’ouverture des frontières etc… donc ce sera parcours interculturel pour moi, comme on disait. On était 15 étudiants, la belle vie !

 

LE MASTER 1

A l’époque, je bossais dans un café (bosser dans un café quand tu es étudiante en psy c’est comme pactiser avec le diable car presque 15 ans après, je retrouve en onco des gens à qui j’ai servi de l’alcool et des cigarettes, je te laisse imaginer l’effet que ça peut avoir…).

Parmi les clients, il y avait un médecin qui m’a donné le contact d’une psy en soins de suite onco, j’ai fait connaissance avec ce qui deviendra mon sujet de prédilection.

J’ai surtout pris une énorme claque dans la gueule… J’ai vécu Noël et le nouvel an dans ce service, quand certains faisaient la fête. J’ai vu des patients mourir, je ne compte plus le nombre de fois où l’on m’a retrouvé en train de pleurer ; pleurer de colère, d’impuissance et prise dans un tourbillon de sentiments contradictoires.

Cette même année, j’avais aussi fait un stage auprès des enfants “dysharmoniques”. Merci les stages. Merci de m’avoir fait comprendre que jamais ô grand jamais, je ne travaillerais avec cette population.

Décidément la psychiatrie devenait ce que je ne voulais pas faire. Le problème c’est qu’à la fac on te vend le mythe de la psychiatrie, “the place to be“.

L’autre problème, c’est que je n’aime pas trop rentrer dans les cases donc je n’avais pas trop envie de faire comme tout le monde, c’est-à-dire faire ce qu’on me dit.

L’onco résonnait loin mais résonnait tout de même.

 

LE MASTER 2

En M2, j’ai débarqué en maladies infectieuses pour suivre les patients séropositifs. J’ai assisté à des annonces de contamination ; j’ai vu des gens pleurer, refuser de se soigner, mourir, se battre pour leurs enfants…

J’ai (re)découvert que faire l’amour pouvait te mener tout droit au cimetière. A cette époque, la maladie n’était pas assez bien contrôlée, les traitements lourds lassaient les patients.

A 20 ans et quelques bougies, évoluer dans ce milieu m’a ébranlée ; j’ai plongé en eaux troubles. Je côtoyais une médecine impuissante, proche de la misère humaine et sociale.

Faut être timbré pour travailler là-dedans…

 

ET DIPLÔME !

J’ai eu mon diplôme.

Woooo!!!

Je n’imaginais pas à quel point trouver un travail serait si dur (je n’avais pas signé pour ça les gars !!!).

Qu’à cela ne tienne, un ami me propose de travailler en tant qu’éducatrice pour une petite association qui prend en charge des résidents handicapés. Deux ans.

Deux ans à découvrir le handicap, préparer des sorties, partager avec eux fous rires, moments de colère, de joie, la vie en somme.

Et puis, une amie m’appelle pour me dire qu’elle refuse un poste de psy, je peux appeler pour y aller.

Le lendemain je commençais à travailler.

 

EN MAISON DE RETRAITE 

Là, je vais vous passer les détails mais voici l’essentiel : j’ai débarqué en maison de retraite. Aucune connaissance de la population âgée.

Bon bah y’a plus qu’à apprendre ma fille, on y va, tu vas acheter quelques bouquins et entretiens sur entretiens… Petit à petit, j’affine ma pratique.

Avec quatre amies, on se trouve une supervision groupale, une fois par mois. On dépose tout là-bas. Encore merci les filles, c’est grâce à vous si j’en suis là…

La mort m’interpelle. Encore une fois. Surtout la mauvaise mort, vous savez celle qui fait qu’une personne âgée meurt seule, dans l’indifférence. Ma colère se transforme en besoin d’en savoir plus.

 

DU DE SOINS PALLIATIFS

Je comprends mieux, je veux tout changer, tout révolutionner.

Je me frotte à la problématique institutionnelle…

J’ai la chance de décrocher un petit temps de plus en soins de suite onco.

Je change de maison de retraite.

Ma vie personnelle prend un tournant.

Je veux changer de lieu de travail. Définitivement la maison de retraite n’est pas pour moi, je ne rentre pas dans les cases.

Bingo, je débarque en USP et en onco.

Besoin de savoir, de comprendre.

 

DU PRISE EN CHARGE DE LA DOULEUR

J’appréhende mieux le discours des patients.

Je quitte l’USP (Unités de Soins Palliatifs) pour des raisons perso malheureusement et intègre une petite unité qui prend en charge les personnes vivant avec le VIH.

Je découvre (enfin redécouvre car vu au cours de mes DU de criminologie et de prise en charge des agresseurs sexuels ) le trauma dans le discours de patients.

Pour certains, la contamination s’est faite dans une extrême violence. Le VIH, certes, mais beaucoup de viols, de tortures, de guerres et mon envie de mieux appréhender encore une fois.

 

DU DE PSYCHO-ONCO

En parallèle, l’onco me passionne encore et toujours, je rentre en DU de psycho-onco. Cette clinique est époustouflante par sa richesse.

J’ai la tête pleine d’idées et l’envie d’en faire toujours plus…

Autour de moi, on parle hypnose, EMDR (Eye Movement Desentization and Reprocessing) ; beaucoup d’outils qui pourraient m’aider dans la pratique et apporter encore plus aux patients que je rencontre.

Je rajoute ces quelques lignes car je me rends compte que je n’ai pas rendu hommage à toutes les personnes rencontrées : aux âgés qui peuplaient les EHPAD, aux malades du cancer que je côtoie tous les jours (les survivants mais surtout ceux qui sont partis…trop tôt ou pas), à tous ceux pour qui les soins palliatifs prennent tout leur sens, aux malades du VIH (oui cette merde existe toujours mais je garde espoir qu’un jour un vaccin apparaisse et que le VIH ne soit plus qu’un mauvais souvenir des 90’s).

 

AI-JE ENVIE D’ALLER VOIR AILLEURS ?

Non merci. Je suis heureuse. J’aime mon métier. Mes ami(e)s sont les mêmes. Avec certaines, je partage le plaisir de la clinique, avec d’autres juste le plaisir de la vie.

Merci à vous tous d’être là, merci les filles (elles se reconnaîtront).

Merci la communauté, ce n’est franchement pas facile tous les jours mais c’est une très belle aventure, qui j’espère, durera encore longtemps.

Aujourd’hui je suis apaisée dans mon métier car je travaille dans la branche qui me plaît, et je me donne les moyens d’y rester.

Voilà, voilà.

Je vous laisse la parole.

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Une pensée sur “Études, parcours & vie de psy : mon témoignage #1”

  1. Bonjour
    Wow quel article ! Je trouve que tu arrives très bien à nous faire vivre ce que tu as vécu durant tes stages. En tout cas c’est génial de savoir que tu as trouvé ta voie !
    Je vais commencer mes études en septembre à Strasbourg et j’ai vraiment hâte, j’essaie d’imaginer les différents stades de mes études (puis de ma vie pro par la suite) et, pour l’instant, je crois avoir compris que l’onco ou les maisons de retraites ne seront pas pour moi haha on verra bien en tout cas
    Merci pour le témoignage

    Bonne continuation 😊🙌

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