Hello les bébés-psys !

Alors cette fois, on parle psychopathie ! Tout le monde en a au moins entendu parlé une fois, mais qu’est-ce que c’est ? A force vous devez connaître mon attrait pour les approches scientifiques, alors une fois encore je me cantonne à la médecine et aux neurosciences (j’aurai pu proposer une approche cognitive mais plus tard peut-être).

Psychopathie et trouble de la personnalité antisociale

Donc on va aborder maintenant des pathologies qui sont assez peu abordées (voire pas du tout dans certaines facs) à savoir la psychopathie, le trouble de la personnalité antisociale et la sociopathie. Ces termes sont synonymes dans le DSM (ça c’est ce qui s’appelle mettre tout le monde dans le même panier) mais on va essayer de relativiser un peu et se fier en partie aux neurosciences notamment sur le fait que diverses choses distinguent ces appellations comme l’âge de début, et la sévérité des symptômes (notamment l’empathie et la présence ou non de jugement moral).

Tout d’abord, le diagnostic de la personnalité antisociale doit passer par l’observation des critères du trouble de la personnalité avant de spécifier du type de personnalité pathologique dont il s’agit.

Le trouble de la personnalité se caractérise, principalement, par la durabilité de conduites considérées déviantes au sein de la culture de l’individu. Ces conduites déviantes doivent concerner au moins deux domaines parmi : la cognition, l’affectivité, les relations interpersonnelles et le contrôle des impulsions. Ces conduites ne sont pas flexibles et impactent une grande part des relations personnelles et sociales. Ainsi, cela peut entraîner une souffrance cliniquement significative ou une perturbation du fonctionnement social, professionnel ou autre.

De plus, ce mode de fonctionnement stable et durable peut s’observer au plus tard à l’adolescence ou au début de l’âge adulte. Comme pour la plupart des diagnostics, les conduites ne sont pas mieux expliquées par un autre trouble mental, et ne sont pas non plus imputable à la consommation d’une substance ou à une autre affection médicale générale.

Le trouble de la personnalité antisociale, aussi nommée psychopathie, sociopathie ou personnalité dyssociale dans l’approche psychiatrique, se caractérise par un mépris et une tendance à la transgression des droits d’autrui. Les critères du DSM-V se retrouvent déjà dans le DSM-IV. Ce mode de comportement général survient depuis l’âge de 15 ans par au moins 3 des manifestations suivantes ; un anticonformisme aux normes sociales, une tendance à la tromperie par plaisir, un mépris pour la sécurité en général, de l’impulsivité, de l’agressivité, une irresponsabilité persistante ou l’absence de remords.

De plus, la personne doit être âgée d’au moins 18 ans, ce qui permet de vérifier la durée dans le temps des comportements antisociaux démontrant en partie la stabilité de la personnalité pathologique, et doit avoir présenté un trouble des conduites avant l’âge de 15 ans. Enfin, les comportements ne doivent pas être exclusivement issus du développement d’une schizophrénie ou d’un trouble bipolaire.

Ces personnes présentent généralement un manque d’empathie et une certaine immoralité. Ils sont cyniques et méprisent les sentiments, les droits et la souffrance d’autrui. Ils se montrent orgueilleux, arrogants et parfois même charmeurs, superficiels et séducteurs en ayant la parole facile. Ces caractéristiques font partie de la vision traditionnelle de la psychopathie.

Ci-dessus, il a été mentionné que le trouble de la personnalité antisociale avait pour synonyme la psychopathie, la sociopathie ou la personnalité dyssociale. Il était aussi précisé que c’était le cas pour l’approche psychiatrique. Cependant, au sein des approches neuroscientifiques et développementales, ces termes font références à des troubles différents, avec des symptômes propres et des mécanismes cérébraux et développementaux sous-jacents différents.

La PCL-R (Psychopathy Checklist-Revised)

Selon la Psychopathy Checklist-Revised (Hare, 1991), la psychopathie se distingue du trouble de la personnalité antisociale dans le sens où elle ne se limite pas uniquement aux comportements antisociaux. D’autres traits de personnalité, qui lui sont propres, lui sont associés. La personne diagnostiquée comme psychopathe est aussi nécessairement diagnostiquée comme personnalité antisociale, mais l’inverse n’est pas systématique.

La PCL-R permet d’évaluer la proximité du sujet avec la définition originelle du psychopathe établie par Cleckley (1976) dans son ouvrage The mask of insanity. Ses critères de la psychopathie sont les suivants ; charme superficiel et bonne « intelligence », absence de délires ou de tout autre signe de pensée irrationnelle, absence de « nervosité » ou de manifestations psychonévrotiques, sujet sur qui on ne peut compter, fausseté et hypocrisie, absence de remords et de honte, comportement antisocial non motivé, pauvreté du jugement et incapacité d’apprendre de ses expériences, égocentrisme pathologique et incapacité d’aimer, réactions affectives pauvres, incapacité d’introspection, incapacité de répondre adéquatement aux manifestations générales qui marquent les relations interpersonnelles (considération, confiance, gentillesse, etc), comportement fantaisiste et peu attirant lorsque sous l’effet de l’alcool, voire même sans le dit effet « alcool », rarement porté au suicide, vie sexuelle impersonnelle, banale et peu intégrée, et incapacité de suivre quelque plan de vie que ce soit.

Le psychopathe manifeste un fonctionnement qui se caractérise par des relations interpersonnelles superficielles, des activités sociales instables et parfois des activités criminelles. Sur le plan interpersonnel ils sont égocentriques, manipulateurs, insensibles aux autres, et exubérants. Sur le plan affectif, ils présentent une labilité émotionnelle et une absence d’empathie. Ils ne ressentent pas ni ne comprennent les expériences émotionnelles d’autrui.

Psychopathie et neurosciences

N.B: Pour les personnes qui ne connaissent pas trop le cerveau, je vous mets quelques schémas ci-dessous avec les régions sous-mentionnées qui y sont représentées 😉

Les recherches en neurosciences cognitives et comportementales ont montré dans cette population un manque d’anxiété pouvant affecter l’apprentissage social ; leur anticipation à la vue d’un stimulus environnemental aversif est réduite par rapport à la population normale. On peut y voir un déficit de la peur. Cette incapacité à ressentir la peur aurait pour conséquence l’incapacité à éviter les conséquences négatives de leurs comportements. Selon certains chercheurs, ce déficit aurait pour cause un traitement anormal des processus attentionnels lors de l’anticipation à des stimuli émotionnellement pertinents.

Chez les psychopathes, il a été retrouvé différentes anomalies cérébrales expliquant leurs caractéristiques cliniques. Ces anomalies portent notamment sur :

  • le cortex préfrontal : réduction du volume de matière grise
  • le corps calleux : il présente une taille plus importante, et les résultats d’imagerie cérébrale montrent une corrélation positive entre le volume du corps calleux et les composantes affectives et interpersonnelles de la psychopathie évaluée par la PCL-R. De plus, une corrélation négative a été montrée entre le volume du corps calleux et la réactivité autonomique liée au stress. Ces données ont été interprétées comme étant la résultante de processus neurodéveloppementaux atypiques portant atteinte au développement axonal et à la myélinisation (augmentation de la myéline sur les fibres axonales). Le corps calleux participe à la régulation de l’attention, des émotions et des activations autonomiques, ces anomalies peuvent expliquer en partie les déficits affectifs de la psychopathie.
  • l’hippocampe : des déficits de la régulation émotionnelle seraient issus de l’asymétrie hippocampique anormalement marquée chez les psychopathes ayant une tendance aux actes antisociaux et délictueux (absence de conditionnement à la peur à cause d’une faible mobilisation de la mémoire émotionnelle)
  • l’amygdale : il a été démontré une corrélation négative entre le volume des amygdales et et le niveau de psychopathie à la PCL-R chez des délinquants violents.

 

Présentation du système limbique
@grappa.univ-lille3.fr

 

Les lobes cérébraux (vue latérale)
@wikipedia

 

Illustration du corps calleux
@psychoweb.fr

 

Les différences avec la sociopathie

Concernant les différences avec la sociopathie, elles ont été clairement définies par Hare et Babiek en 2006. La psychopathie concerne les individus sans empathie ni sens moral ainsi que d’autres traits de personnalité (Hare, 1991), alors que la sociopathie présente un sens moral, et une conscience bien développée ; cependant la notion de bien et de mal diffère de celle attendue au sein de la culture parentale. Bien entendu, ces différences se reflètent sur le cerveau. Au sein de la recherche, un circuit cérébral est fréquemment employé en neurologie et en psychiatrie pour distinguer les deux troubles ; le circuit de l’empathie (Baron-Cohen, 2011).

Une grande partie des régions qui composent ce circuit sont issues d’un développement altéré chez les psychopathes dont le cortex frontal, le cortex cingulaire antérieur, et l’amygdale. Puisque les sociopathes ont un sens moral, il était important de connaître comment leur cerveau était en comparaison à celui des psychopathes. Les études portant sur l’interaction entre le fonctionnement cérébral, et plus particulièrement le circuit de l’empathie, et le développement du sens moral et de la notion de bien et de mal laissent penser que la sociopathie serait plutôt issu d’altérations fonctionnelles que structurelles. Pour approfondir sur les distinctions entre psychopathie et sociopathie, il est recommandé d’aborder les articles de Yildirim et Derksen (2013) et de Pemment (2013).

Voilà c’est tout pour cette fois ! Pas très long pour une fois mais peut-être que j’y reviendrais dans quelques temps histoire d’aborder le modèle cognitif du trouble de la personnalité anti-sociale et sa prise en charge (à réfléchir quand j’aurai le temps).

D’ici là portez vous bien, entretenez vos neurones et votre glie ! Ciao les dingos !

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Lucas Ronat
Psychologue-Neuropsychologue
Psychologue clinicien spécialisé en Neuropsychologie,
Diplômé d'un Master Recherche en Neurosciences, spécialité Neurobiologie, Neurophysiologie, Neuropathologie à l'Aix-Marseille Université.

Je travaille sur les troubles du comportement dans les maladies neurodégénératives, notamment la Dégénérescence Lobaire FrontoTemporale comportementale.
Si vous avez des questions sur la psychologie en général, les neurosciences, la psychopathologie ou la neuropsychologie, entre autres, n'hésitez pas à me contacter sur mon adresse mail. Généralement je réponds dans la journée ;)

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